Tir Eithin: donner et recevoir

Tir Eithin: donner et recevoir

Au marché de Pontyberem

Les récoltes excellent. Elles n’ont jamais été aussi abondantes. Depuis que le Royaume-Uni maintient un livre des records saisonniers, jamais n’y avait-il eu un été aussi beau et sec. Alors que la météo a été beaucoup moins clémente en Belgique et en France au cours de l’été 2014, elle a été splendide en Scandinavie et au Royaume-Uni. Abondance des récoltes, donc, mais peu de consommateurs sur les marchés. Malgré la beauté des légumes et leur qualité biologique, peu de gens en région et en ville sont éveillés à une alimentation saine.

Les marchés n’ont pas été la manne espérée pour Banc Organics, cet été. À Carmarthen, le nouveau marché fermier n’a pas encore fait ses preuves. Une longue journée de 9 heures à 15 heures n’a pas permis d’amasser ne serait-ce que de l’argent de poche : «Je croyais qu’il suffirait de présenter mes légumes, ils sont si beaux, dit-elle, et que les gens s’arrêteraient pour en acheter. Mais ils ne nous connaissent pas et quand ils arrivent à notre table, ils ont déjà fait leurs emplettes.»

À Pontyberem, à quelques kilomètres sous Bancffosfelen, tout au bas d’une côte raide et interminable, Marie-Soleil et moi avons ajouté à l’offre maraichère nos propres pains et plats cuisinés. Autour de la grande salle communautaire se sont installés des artisans et des cuisiniers domestiques. Ce marché mensuel ressemblait plus à un cercle fermier qu’à un marché rural dynamique. En cette journée radieuse, il y avait plus de vendeurs que d’acheteurs. Quelques-uns ont acheté nos pains et nos quiches. Nous sommes retournés à la ferme les bras chargés des surplus qui ont fait le bonheur des volontaires.

Un jour, Sue a contemplé la table de la cuisine recouverte de divers plats, de pains et de desserts. Elle s’est exclamée : «C’est ce dont j’ai toujours rêvé pour Tir Eithin. C’est comme un rêve devenu réalité!» Cette ambiance dans la cuisine, où nous nous affairons à mijoter plusieurs plats pour chacun des soupers, réunit les gens. Le labeur dans les champs parvient ici à maturité. Le labeur écrase Sue, elle n’a pas le temps de se consacrer à la cuisine. Mais la vision de cette cuisine la réjouit, lui fait sentir que le projet de Tir Eithin est réalisable.

Dans le potager

Sur la ferme, nous avons commencé à nous détendre, après des semaines sur la route. J’ai eu mal au dos et aux épaules – la faute peut-être de mon enthousiasme à lancer des ballots de foin à bout de bras. Marie-Soleil a eu un feu sauvage, signe que nous étions en train d’expier le stress causé par le poids de la conduite, de la mobilité perpétuelle et l’absence de routine.

Potager de la ferme Tir Eithin

Le contact direct avec la nature, au quotidien, nous a fait un grand bien. Le soleil, le vent, la terre, la farine, les légumes du potager sont devenus l’expression d’un rythme lent qu’il nous faisait bon retrouver. La première semaine, nous avons dormi de très longues nuits, jusqu’à 10 heures de sommeil.

Les cueillettes des légumes pour les marchés et pour les sacs des membres a occupé deux journées par semaine. Dans les serres et dans les champs, nous avons cueilli poivrons verts, tomates de toutes sortes, concombres, ail, haricots verts et runner beans, poireaux, oignons, betteraves, kale, choux, laitues, carottes, framboises, courgettes et j’en passe.

Marie-Soleil adore jardiner, mettre ses mains dans la terre et travailler à un rythme lent imposé par la délicatesse ou la minutie des tâches à exécuter. Quant à moi, je préfère avoir les mains pleines, occupées à des tâches plus grossières, imposantes. La cueillette et le désherbage, très peu pour moi. Les tâches demandant plus d’efforts physiques m’interpellent, mais je ne peux me tenir courbé au-dessus d’une fourche ou d’une pelle plus d’une dizaine de minutes. Mon dos en souffre. Le pain m’appelle et, à y réfléchir, combine tous les éléments qu’il faut pour nourrir en moi une passion intense.