Tir Eithin: donner et recevoir

Tir Eithin: donner et recevoir

Le lieu dit «épineux»

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Eithin, la plante épineuse

La ferme Tir Eithin est située au bas d’un chemin très abrupt, sur le versant sud en amont de la rivière Gwendraeth Fawr, l’une des deux rivières du comté du Carmarthensire. Les 80 acres qu’occupe la ferme surplombent des villages qui doivent leur existence à l’exploitation de l’anthracite plus bas dans la vallée, il y a de cela de nombreuses années.

La ferme doit son nom à la plante épineuse «eithin», un mot gallois, qui envahit les champs avec les ronces et les mûriers et que seules les chèvres adorent brouter. «Tir», c’est l’endroit, la place, le lieu. Les noms sont l’empreinte des lieux, des gens, de leurs bonheurs et de leurs malheurs. La simplicité poétique fait vivre ceux-ci dans la mémoire, dans la tradition, d’une génération à l’autre. Un homme saoul, que rencontra autrefois Tony aux limites de ses champs, lui parla de l’histoire de ce pré, et de celle de celui-là, en jurant : «Ces champs appartenaient à ma famille!» Comme si le temps n’effaçait que partiellement les sentiments d’appartenance qui se transmettent d’un parent à ses enfants.

Un projet à but non lucratif

Durant plus de vingt ans, ce fut un troupeau d’une dizaine de vaches laitières qui fit vivre Tir Eithin, un organisme à but non lucratif (OBNL) dont la mission est entre autres de servir de centre d’accueil pour des personnes qui ont des besoins spécifiques. Une coopérative recueillait le lait biologique pour le mettre en marché, mais celle-ci a cessé de s’approvisionner chez les petits producteurs quand l’entreprise a grandi. La ferme ne put plus trouver de débouché pour son lait. En apprenant les principes directeurs de l’agriculture soutenue par la communauté (ASC), la ferme s’est convertie en bonne partie vers la production maraichère en fondant l’OBNL Banc Organics (site web et page Facebook), tout en conservant un troupeau d’une quarantaine de bêtes pour la production de viande. À cela s’ajoutent les quelques dizaines de moutons et trois chèvres avec leurs chevreaux.

Le modèle de l’ASC n’est pas organisé au pays de Galles. Les maraichers sont laissés à eux-mêmes et c’est grâce à leur volonté qu’ils parviennent à tisser, très lentement, des réseaux de consommateurs et de producteurs. Banc Organics a choisi l’ASC malgré tout afin de développer leur vision d’une agriculture nourricière, au service de la communauté.

Banc Organics est ainsi né avec très peu de moyens financiers, si ce ne sont les 5000 livres britanniques qu’un philanthrope a offertes au projet. La première année, les membres-volontaires n’ont pu s’acheter ni d’outils ni de semences. Ce fut grâce à la générosité d’autrui qu’ils sont parvenus à semer et récolter des légumes biologiques. Les premiers champs étaient situés à Top Meadow, à une trentaine de minutes de marche de Tir Eithin. Ce n’est que durant les deuxième et troisième années d’exploitation que la ferme Tir Eithin défricha et cultiva de nouveaux potagers.

Les principaux points de chute pour les membres du programme ASC de Banc Organics sont situés entre Llanelli et Carmarthen, dans la vallée de la rivière Gwendraeth. Plusieurs membres reçoivent également leurs sacs directement à leurs portes. Cela crée un travail immense pour les volontaires et les employés de la ferme. Il serait bien sûr à l’avantage de la ferme si des points de chute fixes et limités étaient établis.

La culture de l’ASC n’étant pas très forte dans la région, les volontaires de la ferme semblent vouloir faire le maximum d’efforts pour satisfaire leurs membres. Le recrutement n’est pas non plus très dynamique et cela simplifierait les affaires de la ferme si les acheteurs du marché de Ferryside devenaient membres. Mais Sue souligne : «Ils préfèrent venir acheter sur place, pour avoir le choix.» Nous avons alors suggéré à Sue d’installer des points de chute où les membres choisiraient eux-mêmes les légumes auxquels ils ont droit hebdomadairement.